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Le CSE : Entre crise d’engagement et arme de pacification

Le dialogue social en France traverse une zone de turbulences. Alors que les transitions écologique et numérique imposent un rythme effréné, le CSE se retrouve souvent coincé dans un système économique anxiogène qui fige les positions. Pour que l’instance redevienne un outil de transition, il faut lever les verrous qui minent l’action des élus.

  1. Un système économique anxiogène qui paralyse

L’incertitude économique permanente (inflation, concurrence globale, restructurations) crée un climat de peur. Pour les élus du CSE, cette anxiété se traduit par :

  • La dictature de l’urgence : On traite les symptômes (le court terme) plutôt que les causes (les transitions de fond).
  • Le conflit de loyauté : Les élus sont parfois tiraillés entre la défense de l’emploi immédiat et la nécessaire transformation écologique qui pourrait menacer certains postes.
  • Le sentiment d’impuissance : Face à des décisions actionnariales lointaines, le dialogue semble parfois « joué d’avance », ce qui décourage l’initiative.
  1. Les pièges de la posture : sortir du non-assertif

On observe souvent en réunion deux postures extrêmes qui empêchent d’avancer :

  • La posture d’évitement (non-assertive) : Par peur du conflit ou manque de formation technique sur des sujets complexes (bilan carbone, IA), certains élus restent en retrait. Ce silence est interprété comme un accord, alors qu’il s’agit d’une démission silencieuse.
  • La posture d’opposition systématique : À l’inverse, l’agressivité défensive bloque toute co-construction.

Le remède : L’assertivité. Le CSE devient pacificateur quand chaque partie sait exprimer ses besoins et ses limites sans attaquer l’autre. C’est ici que l’écoute active transforme le « ring » de boxe en table de négociation.

  1. L’engagement militant : le moteur de la transition

Le document de l’INTEFP rappelle une vérité essentielle : le dialogue social ne vit que par l’engagement. L’engagement militant ne doit pas être vu comme un frein, mais comme une expertise de la réalité. C’est ce qui donne la force de :

  • Porter des sujets impopulaires : Comme la remise en question de certains processus polluants.
  • Replacer l’humain au centre : Là où le tableur Excel ne voit que des coûts, le militant voit des parcours de vie.
  • Réinsuffler du sens : Le militantisme est souvent le dernier rempart contre la perte de sens au travail.
  1. Le dialogue comme outil de « dé-risquage »

Comment transformer ces conflits en force ? En utilisant le CSE comme un laboratoire de solutions.

  • Exemple concret : Face à une automatisation massive (transition numérique), plutôt que de subir la posture non-assertive du « on verra bien », un CSE engagé propose un observatoire des métiers. Le conflit de départ (peur du remplacement) est pacifié par une action concrète d’anticipation.

Conclusion : Réinvestir l’humain

Pour que le CSE soit cet outil de transition, il doit d’abord être un lieu où l’on traite l’anxiété économique par la transparence. Valoriser l’engagement militant et former les élus à une posture assertive, c’est s’assurer que le dialogue social ne soit pas un simulacre, mais le moteur d’une entreprise résiliente.

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